Les archives Schweit­zer au Défap occupent peu de place dans les archives de la Socié­té des mis­sions évan­gé­liques de Paris : deux boîtes seule­ment, aux­quelles il convient d’ajouter des procès-ver­baux de réunions du Comité de direc­tion, ainsi que des copies de lettres d’Albert Schweit­zer aux direc­teurs de la Socié­té des mis­sions. Elles ne consti­tuent pas un fonds dis­tinct mais font partie inté­grante des Archives de la SMEP. Ce sont ces der­nières qui offrent la pos­si­bi­li­té d’une mise en pers­pec­tive ori­gi­nale de l’« épopée » Schweit­zer en Afrique.

Une candidature parmi d’autres ?

Sa can­di­da­ture pour partir comme mis­sion­naire avec la Mis­sion de Paris s’ins­crit dans un pro­ces­sus ins­ti­tu­tion­nel déjà bien rôdé, avec ses exi­gences, ses étapes, ses règles. En effet, depuis 1829, la SMEP a envoyé plu­sieurs cen­taines de mis­sion­naires, hommes et femmes, mariés ou céli­ba­taires. Albert Schweit­zer a, lui aussi et comme tous les autres, un dos­sier de can­di­da­ture (offre de ser­vice) à son nom. Comme pour chaque can­di­dat, les élé­ments du dos­sier témoignent des péri­pé­ties qui jalonnent une pro­cé­dure dont il n’est pas rare qu’elle s’étale sur une période fort longue (5 ans, 10 ans, 15 ans) avant d’aboutir.

À côté des dos­siers des mis­sion­naires effec­ti­ve­ment partis, de très nom­breuses can­di­da­tures non abou­ties « dorment » éga­le­ment dans les archives. Refus de la Socié­té d’accepter un can­di­dat ou désis­te­ment de celui-ci, les motifs sont des plus variés : santé pré­caire, pro­blèmes fami­liaux, chan­ge­ment d’orientation, doutes voca­tion­nels, évé­ne­ments poli­tiques… Avant comme après Schweit­zer, des ques­tions théo­lo­giques, voire de natio­na­li­té du can­di­dat, feront aussi, quel­que­fois, obs­tacle à un départ en mis­sion. Schweit­zer lui, part, fina­le­ment, mais sans l’étiquette mis­sion­naire. Sa renom­mée lui ouvri­ra les portes d’une œuvre indé­pen­dante finan­ciè­re­ment. Le seul lien qui le relie offi­ciel­le­ment à la Mis­sion de Paris concerne le ter­rain que la SMEP met gra­cieu­se­ment à sa disposition.

Atterrissage en milieu missionnaire et colonial

En avril 1913, le couple Schweit­zer pose le pied sur le sol afri­cain où des mis­sion­naires l’ont déjà pré­cé­dé. Dès 1850, des mis­sion­naires pres­by­té­riens amé­ri­cains sont arri­vés au Gabon. Un méde­cin, Robert Hamill Nassau (1835 ‑1921) ouvri­ra une sta­tion à Adendé (en fait, Lam­ba­ré­né) en 1874. À partir de 1892, les dif­fé­rentes sta­tions ouvertes par la Mis­sion pres­by­té­rienne dans la région de l’Ogooué se ver­ront pro­gres­si­ve­ment trans­fé­rées aux mis­sion­naires fran­çais de la SMEP.

Le pre­mier lieu de socia­bi­li­té qu’A. Schweit­zer et son épouse trouvent à leur arri­vée sur la sta­tion est donc celui que leur offre « la famille mis­sion­naire ». C’est elle qui les accueille. C’est à ses côtés qu’ils déve­lop­pe­ront leur œuvre propre. La cor­res­pon­dance des mis­sion­naires offre un maté­riau de pre­mière main pour accé­der aux réa­li­tés de ce milieu mis­sion­naire et, dans une cer­taine mesure, éga­le­ment du milieu colo­nial, dans les­quelles va désor­mais s’inscrire toute l’action ulté­rieure du doc­teur Schweitzer.

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