Les archives Schweitzer au Défap occupent peu de place dans les archives de la Société des missions évangéliques de Paris : deux boîtes seulement, auxquelles il convient d’ajouter des procès-verbaux de réunions du Comité de direction, ainsi que des copies de lettres d’Albert Schweitzer aux directeurs de la Société des missions. Elles ne constituent pas un fonds distinct mais font partie intégrante des Archives de la SMEP. Ce sont ces dernières qui offrent la possibilité d’une mise en perspective originale de l’« épopée » Schweitzer en Afrique.
Une candidature parmi d’autres ?

Sa candidature pour partir comme missionnaire avec la Mission de Paris s’inscrit dans un processus institutionnel déjà bien rôdé, avec ses exigences, ses étapes, ses règles. En effet, depuis 1829, la SMEP a envoyé plusieurs centaines de missionnaires, hommes et femmes, mariés ou célibataires. Albert Schweitzer a, lui aussi et comme tous les autres, un dossier de candidature (offre de service) à son nom. Comme pour chaque candidat, les éléments du dossier témoignent des péripéties qui jalonnent une procédure dont il n’est pas rare qu’elle s’étale sur une période fort longue (5 ans, 10 ans, 15 ans) avant d’aboutir.
- Lettre de candidature du 09 juillet 1905, Albert Schweitzer à la SMEP
- Lettre de candidature du 20 mai 1911, A. Schweitzer à la SMEP
À côté des dossiers des missionnaires effectivement partis, de très nombreuses candidatures non abouties « dorment » également dans les archives. Refus de la Société d’accepter un candidat ou désistement de celui-ci, les motifs sont des plus variés : santé précaire, problèmes familiaux, changement d’orientation, doutes vocationnels, événements politiques… Avant comme après Schweitzer, des questions théologiques, voire de nationalité du candidat, feront aussi, quelquefois, obstacle à un départ en mission. Schweitzer lui, part, finalement, mais sans l’étiquette missionnaire. Sa renommée lui ouvrira les portes d’une œuvre indépendante financièrement. Le seul lien qui le relie officiellement à la Mission de Paris concerne le terrain que la SMEP met gracieusement à sa disposition.
Atterrissage en milieu missionnaire et colonial

En avril 1913, le couple Schweitzer pose le pied sur le sol africain où des missionnaires l’ont déjà précédé. Dès 1850, des missionnaires presbytériens américains sont arrivés au Gabon. Un médecin, Robert Hamill Nassau (1835 ‑1921) ouvrira une station à Adendé (en fait, Lambaréné) en 1874. À partir de 1892, les différentes stations ouvertes par la Mission presbytérienne dans la région de l’Ogooué se verront progressivement transférées aux missionnaires français de la SMEP.

Le premier lieu de sociabilité qu’A. Schweitzer et son épouse trouvent à leur arrivée sur la station est donc celui que leur offre « la famille missionnaire ». C’est elle qui les accueille. C’est à ses côtés qu’ils développeront leur œuvre propre. La correspondance des missionnaires offre un matériau de première main pour accéder aux réalités de ce milieu missionnaire et, dans une certaine mesure, également du milieu colonial, dans lesquelles va désormais s’inscrire toute l’action ultérieure du docteur Schweitzer.